« L’intelligence artificielle est incontestablement un nouveau médium de création au service des artistes. » Pour Jérôme Neutres, directeur de la stratégie et du développement pour la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, robots et intelligence artificielle (IA) s’inscrivent dans une continuité logique : « Toute l’histoire de l’art est scandée par l’utilisation de matériaux, de techniques et d’outils les plus variés pour faire de l’art. Les artistes font feu de tout bois et les plus grands d’entre eux se sont emparés de l’IA comme ils s’étaient auparavant emparés de l’appareil photo, de la caméra vidéo ou des néons… ». De fait, le Grand Palais, à Paris, consacre cette année au sujet une exposition, baptisée Artistes & Robots, présentant plus d’une trentaine d’œuvres, toutes caractérisées par l’utilisation de robots, de machines et de systèmes informatiques disposant « d’une part de liberté ou d’aléatoire ». « Une exposition historique qui présente des œuvres de 1954 à 2018 », résume Jérôme Neutres, également commissaire de l’exposition, insistant sur le fait que « si le sujet est nouveau pour le grand public, il ne l’est pas dans le domaine de l’art ». Et il a déjà gagné le marché de l’art contemporain. L’acceptation de l’art robotique est bien réelle, partout dans le monde, y compris dans les galeries et grands musées. Mais elle ne manque pas de soulever des interrogations. Où s’arrête le travail de l’artiste, où commence celui de la machine ? À partir de quand un robot cesse-t-il d’être un simple outil programmé pour afficher une réelle autonomie ? Si l’intention a toujours caractérisé le travail de l’artiste humain, peut-il y avoir une « intention artificielle » ? Et, finalement, qu’est-ce que la créativité ? Ces questions sont particulièrement bien illustrées par les robots peintres et dessinateurs et, de fait, de nombreux artistes et universitaires explorent cette voie. Certaines machines peignent de façon plus ou moins aléatoire, usant de leurs algorithmes pour générer des peintures intrigantes. D’autres réagissent à leur environnement ou tentent de reproduire à leur manière ce qu’elles « voient » de leurs yeux synthétiques. D’autres encore s’intercalent entre la main du peintre et sa toile, introduisant parfois leur propre subjectivité et devenant davantage qu’un simple outil. Au fond, le robot peintre est-il juste un nouveau genre de pinceau pour l’artiste peintre,ou devient-il l’artiste lui-même ?