Ils ont entre 20 et 40 ans. Ils sont ingénieurs, universitaires, banquiers, graphistes ou photographes. D'après Quartz, en 2015, ils étaient plus de 2.000 Finlandais à quitter le pays pour s'installer dans d'autres capitales européennes ou aux États-Unis à la recherche d'une meilleure opportunité de travail. D'évidence, le phénomène n'est pas nouveau. Historiquement, la Finlande est une terre d'émigration. Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux foyers ont déménagé en Amérique du nord et en Suède voisine pour servir de main d'œuvre. Mais à la différence de leurs ainés, les jeunes d'aujourd'hui n'envisagent pas un retour. Selon un sondage récent mené par Juho Korhonen, chercheur à l'université Brown aux États-Unis, sur 799 sondés, seulement un quart voit le retour comme une option probable. Une nette dimunition comparée aux années d'avant la crise économique de 2008. En 2006, la moitié des expatriés étaient disposés à revenir. L'émigration massive des Finlandais résulte d'une lente transformation du modèle social depuis la crise. Austérité oblige, l'État a procédé à une réduction des budgets alloués aux secteurs sociaux tels que le régime de retraite, la santé et l'éducation, amenant une partie de la jeunesse à penser que son avenir se trouve ailleurs. Plusieurs universitaires ont quitté le pays pour protester contre les coupures d'environ 500 millions d'euros constatés dans l'enseignement supérieur. La plupart d'entre eux justifient leur attitude à l'égard du gouvernement par le manque de perspective. D'autant que les études montrent que les expatriés finlandais ont un bagage intellectuel élevé et une bonne capacité d'adaptation. Si l'émigration est depuis longtemps un phénomène important, les travailleurs étaient censés revenir avec un capital expérience et réseaux tissé à l'international pour en faire bénéficier l'économie nationale. Mais l'échec de ce modèle vertueux est aujourd'hui une évidence. Comparé aux autres pays scandinaves, la Finlande attire peu de citoyens européens et le nombre de jeunes âgés de 30 à 34 ans ayant un niveau scolaire élevé a considérablement diminué. Globalement, les jeunes finlandais restent toutefois majoritairement attachés au modèle de protection sociale du pays. Il est urgent dès lors d'envisager de nouvelles formes de solidarités pour enrayer la fuite massive des cerveaux. Contrairement aux grands pays industrialisés tournés vers l'économie de marché, la Finlande dépend davantage de sa main d'œuvre qualifiée. À terme, cet exode risque donc de créer d'importants problèmes structurels.